Du comptage au contage
Nous sommes à un moment charnière. Alors que la contestation s’exprime avec force et que la rue rassemble des colères multiples, une question persiste : face à un pouvoir qui attend patiemment que la vague passe, comment dépasser l’impasse des mobilisations rituelles ? Continuer à défiler gentiment de A à B pour se faire compter par la préfecture ne suffit plus.
La vraie force : Le chaos solidaire
La seule véritable force de négociation face au gouvernement n’a jamais été la politesse des cortèges ni les discussions dans les salons ministériels. C’est la menace constante d’un chaos ingérable, généralisé et impossible à éteindre.
Tant que la réponse du pouvoir n’est pas admissible, le blocage doit continuer. Mais pour que ce chaos tienne bon et ne s’éparpille pas sous les coups de la répression ou de la fatigue, il a besoin d’une chose essentielle : rester uni, rester solidaire.
C’est ici que la délégation traditionnelle montre ses limites. Les appareils syndicaux ou politiques cherchent souvent à canaliser cette colère pour négocier quelques miettes et sortir au plus vite de la crise. Pour éviter ce piège d’un Grenelle au rabais, le mouvement ne doit pas chercher des représentants pour parler à sa place, mais consolider sa propre force sur le terrain.
Le contage pour faire tenir le blocage
Passer du comptage au contage, c’est utiliser la parole, le récit partagé et la solidarité concrète comme le ciment du chaos.
Un mouvement éparpillé est facile à étouffer. Un mouvement où les gens se parlent, se racontent leurs réalités et créent des liens solides devient indestructible.
Une lumière au fond du couloir
Il s’agit désormais d’aller au-delà du simple cortège en investissant directement les lieux de vie par des pique-niques partagés, des cantines populaires, des assemblées ouvertes et des piquets vivants. C’est dans ce mouvement quotidien que se fait la jonction à la base, en créant des passerelles directes entre la jeunesse, les grévistes, les Gilets jaunes et les parents d’élèves, tout autour des écoles et au cœur des quartiers. C’est ainsi que l’on ancre la résistance, en transformant la colère individuelle en un grand récit collectif qui donne à chacun et chacune la force de tenir dans la durée.
Le déclic
Après le chaos spontané, il existe une recherche de transformation de ce « désordre dispersé » en une puissance collective durable. Dans cette dynamique, l’implication du tiers secteur est une ressource précieuse si l’on se rappelle que les parents d’élèves, en tant que personnes, en sont la preuve vivante : le tiers secteur n’est pas qu’une affaire de professionnels de l’économie sociale ou de dirigeants d’associations, c’est la société civile auto-organisée là où elle vit.
En faisant de la sortie de l’école ou de la place du quartier un lieu de banquet populaire, d’échange et de soutien mutuel, les parents transforment la grève d’une simple interruption de travail en un mode de vie collectif et solidaire que le pouvoir ne peut pas stopper par un accord de bureau.
Multiplier partout ces espaces de contage et de fraternité permet de maintenir un chaos uni et organique, seule stratégie capable de priver le pouvoir de toute prise et de l’obliger, tôt ou tard, à plier.
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